Près de 30 % de la population masculine mondiale est aujourd'hui circoncise. Rituel religieux, tradition sociale, précaution hygiénique, la circoncision est même considérée aujourd'hui comme une mesure de prévention du sida. Présentation d'une pratique ancestrale qui porte plusieurs visages.
Les origines : quand, qui, pourquoi ?
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les Hébreux n'ont pas été les premiers à pratiquer la circoncision. Ce sont en réalité les Égyptiens, sur les tombeaux desquels des hiéroglyphes représentant cette pratique ont été découverts, qui sont les pères de ce rituel symbolisant vraisemblablement le passage de l'enfance à l'âge adulte. Les plus anciennes traces sont celles trouvées sur le tombeau d'Ankhmahor, datées entre -2300 et -2200.
Qui pratique la circoncision ?
Sur les 660 millions d'hommes de plus de quinze ans circoncis dans le monde, les trois-quarts sont d'obédience musulmane ou juive. Géographiquement parlant, la religion a donc une incidence toute particulière sur la répartition des populations circoncises dans le monde (fort taux en Afrique, Asie musulmane et Moyen-Orient) mais pas seulement : cette pratique a en effet été très longtemps répandue dans le monde anglo-saxon.
L'ablation rituelle du prépuce, apparue à l'époque de la révolution industrielle, était alors considérée comme un rempart à la masturbation et également plébiscitée pour des raisons d'hygiène. Ainsi, en Amérique du Nord ou en Australie, la proportion d'hommes circoncis approchait les 90 % jusqu'au milieu du 20e siècle. Depuis les années 60, cette pratique a connu une lente et inexorable régression jusqu'à devenir minoritaire aujourd'hui.
À quel âge circoncit-on les enfants ?
Dans la Genèse, la circoncision est présentée comme le symbole de l'alliance entre le peuple juif et le Dieu unique. Abraham, le premier circoncis, impose l'opération à son fils Ismaël, âgé de 13 ans, tandis que son deuxième fils, Isaac, se voit, pour sa part, opéré au huitième jour après sa naissance. Cette différence d'âge entre la circoncision d'Ismaël, de qui se réclament les musulmans, et celle d'Isaac, est encore en vigueur aujourd'hui : les juifs respectent scrupuleusement cette huitaine post-natale, tandis que les musulmans la pratiquent plus tard (entre 4 et 13 ans).
La circoncision a-t-elle une influence sur la santé ?
C'est dès le 5e siècle av. J.-C. et les premiers écrits d'Hérodote que la question de la circoncision comme prescription hygiénique apparaît. À l'époque, l'ablation du prépuce est vue, à juste titre, comme un moyen efficace pour conserver le pénis propre. Depuis, de nombreuses études ont permis d'étayer cette théorie. Il est désormais prouvé que la circoncision diminue le risque d'infections urinaires, de certaines maladies sexuellement transmissibles, comme l'herpès génital, et élimine évidemment les problèmes liés à la rétractation du prépuce, comme le phimosis ou la balanite. La question de la circoncision comme moyen pour circonscrire le virus du sida est aujourd'hui au centre de toutes les attentions.
Sida et circoncision
C'est longtemps resté une croyance sans véritable donnée scientifique, mais depuis juillet 2011 et une étude de grande ampleur menée en Afrique du Sud, c'est désormais un fait : les hommes circoncis présentent moins de risques de contracter le sida. Menée sur trois ans à Orange Farm, une zone d'Afrique du Sud où l'épidémie fait des ravages, une campagne de circoncisions sur près de 20 000 hommes volontaires a donné des résultats probants : avec le même comportement sexuel (utilisation de préservatifs, relations hétérosexuelles et nombre de partenaires similaires), le groupe circoncis présente un taux d'infection inférieur de 76 % !
En revanche, malgré ces résultats très intéressants, les chercheurs insistent sur le fait que si la circoncision diminue le risque d'infection, elle doit toujours être complémentaire d'un autre moyen de prévention. Ainsi, les hommes circoncis ne doivent en aucun cas omettre les préservatifs.
La circoncision est-elle légale ?
En France, il existe un flou juridique autour de la circoncision rituelle : elle est tolérée, bien que, selon la loi, toute atteinte à l'intégrité physique qui ne soit pas médicalement justifiée soit interdite (exemple : l'excision). Ainsi, avec l'autorisation des deux parents, un chirurgien n'est jamais inquiété après avoir pratiqué une circoncision, même lorsqu'il n'y a aucun intérêt thérapeutique à l'opération. Cette tolérance vise principalement à la lutte contre les opérations clandestines, qui peuvent s'avérer très dangereuses pour l'enfant. Néanmoins, l'État a théoriquement le droit d'attaquer une personne non-médecin, comme un parent, un rabbin ou un imam, pour avoir pratiqué une circoncision (exercice illégal de la médecine).
Circoncision et Sécurité sociale
En juillet 2011, Chantal Boyer, alors députée UMP, avait provoqué un tollé jusque dans sa majorité en proposant la prise en charge des circoncisions rituelles par l'Assurance maladie. Selon elle, la plupart des familles musulmanes et juives s'arrangeraient avec certains médecins compréhensifs pour faire passer l'opération pour un acte médical (pour soigner un phimosis fictif, par exemple), obtenant ainsi son remboursement par la Sécurité sociale. Ainsi, pour limiter ce genre de fraudes, la députée souhaitait instaurer un "contrat d'assurance circoncision" pour les enfants mâles de confessions juives et musulmanes, permettant une prise en charge partielle de l'assurance maladie. Cette proposition de loi, fortement critiquée par les courants les plus à droite, est pour l'instant restée dans les cartons de l'Assemblée nationale.
À savoir : une circoncision à l'hôpital coûte entre 800 et 1 000 euros, mais de plus en plus de spécialistes proposent des opérations en cabinet pour environ 150 euros.
© Assuréo – Guillaume GARNIER – juin 2012
